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Le débat italien sur l’impôt sur la fortune est une crise de confiance

L’Italie peut légitimement demander davantage aux grandes fortunes, mais un impôt sur le patrimoine restera symbolique tant que l’État n’aura pas prouvé qu’il sait mieux utiliser ses recettes actuelles.

Publié
21 octobre 2026
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Et si le débat italien sur l’impôt sur la fortune ne portait pas vraiment sur la question de savoir si les riches doivent payer davantage ? Et s’il s’agissait plutôt de savoir si quelqu’un croit encore que l’État peut transformer des recettes supplémentaires en de meilleurs résultats pour la collectivité ? C’est la question dérangeante qui se trouve au cœur du débat relancé sur une patrimoniale.

Les arguments en faveur d’une action ne sont pas imaginaires. Les récentes données distributives de la Banque d’Italie rapportées par RaiNews montrent que les 10 % des familles italiennes les plus riches détenaient 60,6 % du patrimoine net total à la fin de 2025, contre 7,2 % pour la moitié la moins fortunée. Le patrimoine net moyen par ménage a atteint 453 000 EUR, contre 431 000 EUR fin 2024, mais sa répartition est devenue plus inégalitaire.

Ces chiffres ont ravivé une querelle politique bien connue. Les partisans de la mesure veulent une contribution plus importante des très grandes fortunes et un État-providence plus solide. Ses opposants avertissent que les personnes fortunées et les capitaux pourraient partir. La Commission européenne a également pointé des assiettes fiscales sous-exploitées, notamment le patrimoine et les successions, tout en soulignant la nécessité de réduire la fraude fiscale. Le débat n’est donc plus seulement moral. Il est aussi administratif, économique et politique.

Un impôt sur la fortune peut se défendre, mais il ne peut remplacer les réformes

À nos yeux, l’Italie est confrontée à un véritable problème de répartition, et faire peser une part plus importante de la charge fiscale sur les grandes fortunes peut constituer une partie de la réponse. Il est difficile de défendre un système dans lequel le travail est lourdement taxé tandis que les patrimoines hérités ou accumulés sont considérés comme politiquement intouchables.

Mais une patrimoniale n’est pas automatiquement une bonne politique simplement parce que les inégalités sont réelles. Tout dépend de sa conception, bien davantage que du slogan. Un impôt étendu, reposant sur une évaluation imprécise des logements, des entreprises familiales et des actifs illiquides, pourrait provoquer des litiges, des distorsions et du ressentiment sans garantir de recettes fiables. Un prélèvement ciblé sur des fortunes exceptionnellement importantes et clairement évaluées serait une tout autre proposition qu’une taxation généralisée des propriétaires ordinaires.

Cette distinction est particulièrement importante en Italie, où le logement constitue une part centrale du patrimoine des ménages. Une analyse publiée en septembre 2026, fondée sur des données de la Banque d’Italie, de l’Istat et de l’administration fiscale, a constaté que le taux de propriétaires était passé de 78,8 % en 2019 à 82,6 % en 2025. Chez les 20 % de la population aux revenus les plus faibles, il a progressé de 54,2 % à 60,8 %. L’analyse des données par Monitor Immobiliare souligne un point que la rhétorique politique oublie souvent: pour les familles les moins fortunées, le logement peut être le principal actif qu’elles possèdent, et non la preuve d’une richesse excessive.

Une réforme sérieuse nécessiterait donc des seuils élevés, des règles d’évaluation claires et des protections pour éviter que des ménages disposant d’un patrimoine important mais de faibles liquidités soient contraints de vendre. Ce n’est pas un argument en faveur de l’inaction. C’est un argument contre l’idée que « les riches » constitueraient une catégorie homogène et facilement taxable.

Le véritable élément qui fait défaut est la crédibilité des institutions

La principale objection à un impôt sur la fortune n’est pas nécessairement qu’il serait injuste. C’est que les citoyens pourraient raisonnablement se demander ce qui se passera une fois l’argent collecté.

En Italie, le débat fiscal commence régulièrement par le volet des recettes et s’arrête avant celui des dépenses. Un nouveau prélèvement est présenté comme la solution aux inégalités, aux pressions qui pèsent sur l’État-providence ou aux défaillances des services publics. Pourtant, on montre rarement aux contribuables un lien crédible entre cette charge et des améliorations mesurables. Sans ce lien, la mesure ressemble moins à une réforme qu’à un nouveau transfert vers une machine fiscale opaque.

C’est pourquoi la confiance compte davantage que le taux annuel. Les citoyens pourraient accepter une nouvelle contribution s’ils voyaient une application transparente de la loi, une utilisation clairement définie des fonds et la preuve que les gaspillages actuels sont pris en charge. Ils seront moins enclins à l’accepter lorsque l’État semble incapable d’expliquer pourquoi les recettes existantes n’ont pas produit de meilleurs services ou davantage de perspectives.

C’est aussi ce qui explique la charge émotionnelle du débat. « Patrimoniale » n’est pas seulement un terme technique. C’est devenu un substitut à des conceptions opposées de l’État: pour les uns, une correction nécessaire à la concentration des richesses; pour les autres, un avertissement indiquant que le gouvernement continuera d’exiger davantage sans changer ses habitudes. Ces deux réactions sont politiquement rationnelles, même lorsque leurs slogans ne le sont pas.

Les successions pourraient constituer un point de départ plus crédible

Si les responsables politiques veulent taxer le patrimoine d’une manière plus facile à défendre, les successions méritent davantage d’attention qu’un prélèvement annuel généralisé sur les actifs. L’analyse 2026 de la Commission européenne, résumée par Commercialista Telematico, décrit les droits de succession et de donation comme des outils potentiellement importants en faveur d’une plus grande progressivité. Elle relève également que les recettes italiennes provenant des droits de succession sont inférieures à 1 milliard d’EUR par an, avec des abattements généreux et des taux relativement faibles par rapport à la France et à l’Allemagne.

Cela ne rend pas la fiscalité successorale indolore ni automatiquement efficace. Les entreprises familiales, les exploitations agricoles et les logements peuvent entraîner de véritables problèmes de liquidités. Mais taxer le patrimoine au moment où il change de mains peut être plus ciblé que de faire payer chaque année aux ménages des actifs qu’ils ne sont pas forcément en mesure de monétiser. Cela permet également de s’attaquer au rôle de l’avantage hérité sans traiter chaque propriétaire comme un ploutocrate.

La leçon plus générale est que l’Italie devrait cesser de considérer le mot « patrimoniale » comme une politique à part entière. Les véritables choix portent sur les seuils, l’administration, l’application de la loi, la coopération internationale et l’utilisation des recettes. Une mesure nationale se heurte aussi à la mobilité des capitaux et des personnes, ce qui rend la coopération avec les autres pays importante, et non accessoire.

Les gagnants seront ceux qui rendront le pacte crédible

La gauche risque de présenter l’impôt sur la fortune comme un remède miracle aux inégalités. Même une mesure bien conçue ne suffirait pas à elle seule à redresser les salaires stagnants, les services publics fragiles ou l’accès inégal aux perspectives. La droite risque de commettre l’erreur inverse en considérant toute taxation des grandes fortunes comme une attaque contre la propriété, tout en ignorant le coût social d’une concentration extrême.

L’Italie a besoin d’un pacte plus modeste et plus exigeant: demander nettement davantage aux très grandes fortunes, améliorer la fiscalité des successions, fermer les voies de l’évasion fiscale et publier précisément l’affectation des recettes. Il faudra ensuite juger la politique à ses résultats, plutôt qu’à sa portée symbolique.

Notre verdict est clair. L’Italie peut débattre d’une patrimoniale, mais elle ne devrait pas commencer par demander aux citoyens de croire à une nouvelle promesse. Elle devrait commencer par gagner cette confiance grâce à une conception transparente, une administration crédible et une réforme visible des dépenses existantes. Sans ces conditions, un impôt sur la fortune pourra rapporter un peu d’argent. Il ne réglera pas le problème de fond et pourrait devenir un symbole de plus d’un État qui exige davantage de sacrifices avant d’avoir démontré une plus grande compétence.

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