Le taux de 3 % de Trade Republic est un appât, pas un plan d’épargne
Un taux affiché et 1 % de cashback font une belle publicité. Avant de transférer votre argent, vérifiez qui bénéficie du taux, sur quel montant et ce qu’il advient à la fin des promotions.
Image générée par IA
Quand une banque vous annonce que votre compte courant rapporte 3 %, la réaction raisonnable n’est pas « où dois-je signer ? » mais « à qui s’adresse l’offre, et pour combien de temps ? ». Le duo carte et compte de Trade Republic est très mis en avant ce week-end, et mérite une lecture sans complaisance.
Les faits sont simples. L’équipe shopping du Figaro écrit que le compte courant rémunère à 3 % jusqu’à 50 000 euros les nouveaux clients, avec des intérêts calculés chaque jour et versés en fin de mois. Les cartes offrent un cashback « Saveback » de 1 %; la carte virtuelle est gratuite, la carte physique Classic coûte 5 euros et la carte en métal Mirror 50 euros. Aucuns frais mensuels, et aucuns frais sur les paiements à l’étranger. Une réserve sur la source: cet article est un contenu d’affiliation, et Le Figaro précise que son équipe shopping est indépendante de la rédaction et peut percevoir une commission sur les achats effectués via ses liens. L’article de BFMTV sur le même produit comporte une mention similaire. Cela ne rend pas l’offre mauvaise. Cela vous indique simplement quel type de texte vous lisez.
Le 3 % est une offre de bienvenue, pas une promesse pour tous
Les deux articles français indiquent que le taux est réservé aux nouveaux clients. La page des intérêts de Trade Republic, dans sa version espagnole, est plus précise: les nouveaux clients peuvent activer les intérêts dans l’application et obtenir 3,04 % sur les soldes jusqu’à 50 000 euros, tandis que le reste est rémunéré au taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne, que la page chiffre à 2,53 %. Cette page visant un autre marché, ses chiffres ne s’appliquent pas forcément à la France, et nous ne pouvons pas dire si cela explique l’écart entre 3 % et 3,04 %. Un test tiers, non daté, cite même environ 3,75 %. Quand les sources divergent et qu’aucune n’est datée, nous ne nous fierions à aucun chiffre en particulier.
Notre lecture: le taux est conçu pour vous faire franchir la porte. Un plafond de 50 000 euros est généreux pour la plupart des ménages; le plafond n’est donc pas le vrai piège. Le piège, ce sont les mots « nouveaux clients » et le lien avec le taux de la BCE. Le communiqué de presse de l’entreprise en 2024 évoquait la répercussion des taux de la BCE, alors de 4 %. La documentation n’explique pas comment le taux affiché est fixé, mais nous pensons qu’il suit probablement la banque centrale, ce qui signifie qu’il pourrait baisser aussi vite qu’il a monté. Qui y voit un rendement fixe se méprend sur le produit.
Le cashback incite à dépenser, ce n’est pas de l’argent gratuit
Le Saveback de 1 % ressemble à une remise. Selon l’article de BFMTV, il est conditionné à un investissement d’au moins 50 euros par mois, et le montant est réinvesti automatiquement plutôt que versé en numéraire. L’autre article du Figaro explique qu’il alimente un plan d’épargne. Concrètement: vous récupérez 1 % sous forme d’investissement, donc exposé au risque de marché, comme le rappellent les avertissements de chaque article.
Ce n’est pas un scandale. C’est un dispositif judicieux si vous investissez déjà chaque mois. Mais ce n’est pas une remise en espèces, et la différence compte si votre objectif est de constituer une épargne de précaution. Nous nous méfierions aussi de la fonction d’arrondi: l’automatisation est pratique précisément parce qu’on cesse d’y prêter attention.
Un outil à utiliser, avec un plan de sortie
Notre verdict: c’est un compte courant correct pour qui veut de faibles frais et un taux compétitif sur sa trésorerie dormante, et c’est aussi un tunnel d’acquisition bien conçu pour un courtier qui veut vous faire investir davantage. Les deux sont vrais à la fois.
Que ferions-nous à la place du lecteur ? Lire les conditions sur la page officielle de votre pays, et non le résumé d’affiliation. Noter la date du taux et le plafond. Décider à l’avance de ce que vous ferez si le taux baisse, car avec un produit qui semble lié aux taux de la BCE, il finira probablement par baisser. Garder votre épargne de précaution là où vous y avez accès et où vous comprenez les conditions. Et ne pas laisser un cashback de 1 % modifier le montant de vos dépenses.
La réglementation, la garantie des dépôts et la fiscalité varient selon les pays; vérifiez ce qui s’applique là où vous vivez, cet article ne les couvre pas. Un taux de 3 % est une bonne raison de regarder de plus près. Ce n’est pas une raison d’arrêter de lire.
Aucun sujet pour l’instant : lancez le premier.
Plus d'articles
Livret A à 2,5 % ? 250 € sur 10 000 €, un chiffre, pas une stratégie
Un Livret A à 2,5 % fait un joli titre, mais seul compte ce qu'il reste après l'inflation. Voyez-y un lieu de stationnement pour votre trésorerie, pas une stratégie d'investissement.
Laissez l’IA lire votre budget, pas tenir votre portefeuille : les banques ont raison
Les banques américaines ferment la porte aux agents d’IA non vérifiés, comme Muse de Meta, surtout pour une question de responsabilité. Tant que l’on ne sait pas qui paie en cas d’erreur, gardez vos identifiants.
Un Livret A mieux rémunéré serait un soulagement, pas une révolution
La hausse attendue des taux d’épargne réglementée aiderait les ménages français, mais l’inflation et la politique de la BCE rappellent que se protéger contre la hausse des prix ne revient pas à obtenir une croissance réelle.
Nouvelle ère bancaire : la protection du consommateur au cœur des fraudes en Europe
Une décision historique de la Cour de justice de l'UE oblige les banques à rembourser immédiatement les victimes de fraude, même en cas de négligence du client, redéfinissant leurs responsabilités.



