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Rédaction Invesfera
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L'or évolue au gré des taux d'intérêt, pas de la peur, et les épargnants doivent le savoir

Malgré la guerre, le pétrole qui s'envole et des rendements en baisse, l'or a touché un plus bas d'un an. Il suit les anticipations de taux : qui l'a acheté comme assurance doit vérifier ce qu'il détient.

Publié
31 octobre 2026
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Photo : U.S. Mint / Wikimedia Commons (Public domain)

Si l'or est l'actif que l'on achète quand le monde fait peur, pourquoi vient-il de toucher un plus bas d'un an en pleine guerre, avec un pétrole qui s'envole et une déroute de la tech ? La réponse, désagréable, est qu'en ce moment l'or se comporte moins comme un bouclier que comme une obligation sans coupon.

La chute de vendredi tient au pétrole et aux taux, pas à la panique

L'or au comptant a reculé vendredi jusqu'à environ 3 880 dollars l'once, soit une baisse de 3,5 % sur la séance et son plus bas niveau depuis octobre 2025, selon Kitco. Mining.com indique que l'or est en passe de perdre environ 6 % en octobre, son pire mois d'octobre depuis 2008, et se situe à peu près 28 % sous son record de clôture de janvier, à 5 419,83 dollars. L'argent a glissé sous les 50 dollars, et les valeurs aurifères ont chuté encore plus fort que le métal.

Le déclencheur a été le pétrole. La perspective de nouvelles opérations militaires américaines contre l'Iran, dont une attaque contre un pétrolier dans le détroit d'Ormuz, a porté le Brent à son plus haut depuis avril, et l'inflation américaine s'est accélérée en septembre. Les opérateurs estiment désormais à plus de 70 % la probabilité d'une hausse de taux de la Fed en décembre. Si l'on y ajoute une vague de ventes sur la tech, on obtient des ventes forcées de tout ce qui est liquide.

L'indice: l'or a reculé alors que les rendements et le dollar baissaient aussi

Ce qui compte le plus n'est pas le prix, mais le contexte. Kitco note que l'or a chuté alors même que le dollar et les rendements obligataires s'affaiblissaient, une combinaison qui lui est normalement favorable, et précise que analystes et opérateurs ont fait part d'une frustration notable. À notre avis, c'est le signe que le vieux réflexe (« mauvaises nouvelles, achetez de l'or ») ne fonctionne plus.

Waleed Said, de GivTrade, a été direct: « dans cette guerre, l'or ne joue pas le rôle de valeur refuge que les gens attendent. Le pétrole et le dollar prennent ce rôle. » Son explication est mécanique. Un pétrole plus cher signifie plus d'inflation, ce qui maintient les banques centrales sur une ligne ferme. Par ailleurs, quand la tech a décroché, les investisseurs ont vendu de l'or pour couvrir des appels de marge ailleurs, parce qu'il est liquide.

C'est ce que beaucoup d'épargnants manquent. L'inflation n'est pas automatiquement favorable à l'or. Si elle pousse la banque centrale à relever ses taux, elle renforce l'attrait des actifs qui rapportent un intérêt et pénalise celui qui ne rapporte rien. Une page de prévisions sur l'or de LiveTodayStock avance un argument voisin: une même surprise d'inflation peut soutenir la demande de protection tout en augmentant le coût d'opportunité de détention d'un actif sans rendement. Ces forces s'opposent et, ces derniers temps, celle des taux l'emporte.

Un mauvais mois n'invalide pas la thèse

Il ne faut pas pour autant surcorriger. L'or ne s'effondre pas sans raison: David Miller, de Catalyst Funds, a déclaré à Kitco qu'il avait gagné 26 % en 2024 et 63 % en 2025, de sorte que le repli ressemble davantage à un refroidissement qu'à un changement fondamental. Il soutient aussi que la demande souveraine, avec des pays comme la Chine, la Pologne et l'Inde qui se diversifient hors du dollar, reste un soutien à long terme. Les analystes de Commerzbank ont jugé la baisse des métaux exagérée et attendent toujours un rebond. Ce sont des prévisions, pas des faits, et certains analystes sont tout aussi pessimistes: Said s'attend à un test des 3 800 dollars.

Notez aussi ce qui, selon Simon-Peter Massabni, de XS.com, inverserait la tendance: un marché du travail qui se refroidit, un recul durable de l'inflation ou une révision à la baisse des anticipations de taux. Les trois relèvent des taux. Même les optimistes vous disent ce qui commande le prix aujourd'hui, et ce n'est pas la peur.

Les épargnants doivent vérifier le rôle de l'or dans leur portefeuille

Nous ne pouvons pas vous dire s'il faut acheter, vendre ou conserver; cela dépend de votre situation et des règles de votre pays. Mais nous pouvons suggérer un point d'étape.

Premièrement, demandez-vous quel rôle joue l'or dans votre portefeuille. Si la réponse est « une assurance contre une crise », reconnaissez que le comportement de ce mois montre qu'il peut baisser précisément quand la tension monte, parce qu'on le vend pour obtenir des liquidités. Si la réponse est « un diversifieur de long terme que je suis prêt à garder malgré des baisses de 28 % », le prix actuel est inconfortable mais cohérent avec cela.

Deuxièmement, regardez comment vous le détenez. Les mines ont chuté plus que le métal: Mining.com cite plusieurs grands groupes à un tiers ou plus sous leurs plus hauts, et certains producteurs d'argent en baisse de moitié ou plus. Détenir des actions de mines, c'est un pari à effet de levier sur l'or, pas la même chose que détenir de l'or.

Troisièmement, surveillez le calendrier plutôt que les gros titres. Les chiffres de l'emploi et les élections américaines de mi-mandat de la semaine prochaine sont les catalyseurs à court terme signalés par Kitco.

Notre verdict: l'or n'a pas cessé d'être un actif légitime, mais, pour l'instant, il a cessé d'être un bouton d'urgence fiable. Tant que les anticipations de taux ne se retourneront pas, il se comportera pour ce qu'il est, un actif sensible aux taux, et les épargnants qui l'ont acheté pour se rassurer méritent de le savoir avant la prochaine frayeur.

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