La chute de l'IA est un test de concentration, pas la fin du boom
Amazon, Intel et Alphabet ont secoué le Nasdaq alors que la plupart des secteurs du S&P 500 résistaient. La vraie question n'est pas de savoir si l'IA est une bulle, mais quelle part de votre portefeuille repose sur un seul pari.
Photo : Negative Space / Wikimedia Commons (CC0)
Le boom de l'IA est-il terminé, ou Wall Street vient-elle de découvrir à quel point elle avait concentré le marché sur une seule idée ? Nous penchons pour la seconde lecture, et les chiffres de ce vendredi la défendent mieux que n'importe quel slogan.
Ce qui s'est passé, en bref
Les contrats à terme sur le Nasdaq ont chuté de plus de 2 % vendredi après les résultats d'Amazon et d'Intel. Selon Reuters, via Boursorama, Amazon a signalé que ses dépenses en IA sont loin d'être terminées, et Intel a averti d'une forte consommation de trésorerie cette année. Amazon perdait environ 7 % et Intel environ 25 % avant l'ouverture, et les deux groupes s'orientaient vers une perte d'environ 300 milliards de dollars de capitalisation. Alphabet avait déjà subi la veille une chute record.
Les chiffres d'Amazon, selon BFM Bourse, n'étaient pas un désastre: chiffre d'affaires en hausse de 12 %, AWS en croissance de 39 %. Le problème, ce sont les 220 milliards de dollars d'investissements prévus en 2026 et un flux de trésorerie disponible sur douze mois de −42,4 milliards de dollars.
Le marché ne paie plus la croissance seule
Jake Behan, de Direxion, l'a bien formulé: le marché ne demande plus seulement à quelle vitesse on peut croître, mais ce qu'il faut dépenser pour y arriver. Nous pensons que c'est le vrai changement. Pendant un temps, annoncer de gros investissements dans l'IA valait réponse. C'est désormais une question, et plus coûteuse, car plusieurs groupes ont fait appel au marché obligataire pour financer le déploiement.
Cela compte parce que le coût de l'emprunt reste élevé. Reuters note que le rendement du Treasury à 10 ans tourne autour de 4,925 %, contre 5,365 % début octobre, son plus haut niveau depuis 2002, et que les marchés monétaires évaluent à environ 75 % la probabilité d'une hausse des taux de la Fed en décembre. Une dépense qui paraît héroïque avec de l'argent bon marché paraît obstinée avec de l'argent cher. Pour être direct: la chute est moins un verdict sur l'IA que sur le fait de payer l'IA au prix fort avant que les retours n'apparaissent.
L'indice a tenu; votre exposition peut-être pas
C'est le détail qui nous intéresse le plus. Le Nasdaq se dirige vers une baisse mensuelle et l'indice des semi-conducteurs a reculé d'environ 9 % en octobre, mais neuf des onze secteurs du S&P 500 s'apprêtaient à afficher une hausse mensuelle. Seuls la technologie et les services de communication ont pris du retard, ces derniers connaissant leur pire mois depuis avril 2022.
Voilà à quoi ressemble la concentration. Une poignée de géants pèse tant que leur mauvaise semaine peut dominer les titres pendant qu'une bonne partie du marché se porte bien. Celui qui détient un fonds indiciel « diversifié », plus quelques valeurs technologiques favorites, plus un fonds très technologique, peut en pratique détenir trois fois le même pari.
Tout n'était pas sombre. Sanofi et Capgemini ont relevé leurs prévisions le même jour, et l'Europe a mieux résisté que le Nasdaq. Il ne faut pas en faire trop, puisque le PIB français a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, mais cela rappelle qu'un portefeuille peut avoir plus d'un moteur.
Que faire, et que ne pas faire
Premièrement, ne vendez pas dans la panique sur une seule séance. Une journée de mouvements sur les contrats à terme n'est pas une thèse, et personne, nous compris, ne sait s'il s'agit d'une pause ou du début d'un mouvement plus long. Les prévisions ici sont des suppositions.
Deuxièmement, faites les devoirs ennuyeux. Additionnez la part de votre argent qui dépend du retour sur les dépenses en IA: les principales lignes des fonds indiciels, les fonds sectoriels, les actions individuelles, jusqu'aux actions de votre employeur. Si la réponse est « la plupart », c'est votre risque, pas celui d'Intel.
Troisièmement, rééquilibrez selon vos propres règles et votre propre calendrier, pas selon un titre du vendredi. Les règles et les conséquences fiscales d'une vente varient selon le pays et le type de compte, vérifiez donc d'abord les vôtres. Il s'agit d'une analyse générale, pas d'un conseil personnalisé.
Notre verdict: le boom n'est pas annulé, mais le laissez-passer l'est. Les gagnants de la prochaine phase devront prouver des retours en numéraire, et les investisseurs devront prouver qu'ils possèdent plus d'une idée.
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