Économie
Rédaction Invesfera
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Le cœur de l'Europe cale, mais ne comptez pas sur l'argent moins cher

La France recule, l'Allemagne avance à peine et l'Espagne continue de croître, mais l'inflation française repart à la hausse. Faible croissance ne rimera pas forcément avec baisse des taux.

Publié
30 octobre 2026
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Une croissance faible serait le prix à payer pour un argent moins cher. C'est le marché que les investisseurs tiennent depuis longtemps pour acquis: l'économie s'essouffle, la banque centrale assouplit, et tout le monde respire. À la lecture des chiffres publiés ce vendredi, nous pensons que ce marché mérite d'être remis en question.

Les faits sont simples. Le PIB de la France a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, selon les données de l'INSEE rapportées par lessentiel.lu, après une baisse de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième. En revanche, La Gazette France note que le PIB de l'Allemagne a progressé de 0,2 % sur le trimestre, au-delà des attentes, et celui de l'Espagne de 0,6 %.

La France ne ralentit pas, elle est bloquée, et la cause n'est pas seulement interne

Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a été sans détour: « l'économie française est à l'arrêt ». Le détail compte plus que la formule. Le compte rendu de Boursorama sur la publication de l'INSEE montre que les exportations ont reculé de 1,7 %, le matériel de transport chutant de 9,1 % après un bond de 20,8 % le trimestre précédent. Le commerce extérieur a à lui seul retranché 0,6 point à la croissance.

Les ménages, eux, ont continué de dépenser: la consommation a augmenté de 0,4 %. L'investissement est le point faible, en baisse de 0,6 % après un recul de 0,5 %. À notre avis, c'est là le véritable signal d'alarme. Un consommateur qui continue d'acheter peut soutenir un trimestre, mais une économie où les entreprises continuent de réduire leurs investissements rogne discrètement sa capacité future.

Nous nous méfierions aussi du récit d'un « cœur qui s'effondre ». Une part de la faiblesse française ressemble à du bruit statistique: le yo-yo des exportations s'est concentré sur le matériel de transport, notamment l'aéronautique, et Roland Lescure lui-même a évoqué une canicule estivale ayant touché la production agricole ainsi qu'une moindre production d'énergie. Les 0,2 % de l'Allemagne n'ont rien d'un boom, mais ils ont dépassé les attentes. Et l'Espagne croît à un rythme que les deux autres ne peuvent qu'envier. La fracture au sein de la zone euro est réelle. L'idée d'un seul « cœur en panne » est trop commode.

Le vrai problème, c'est l'inflation, pas le chiffre du PIB

Voici, selon nous, la partie la plus sous-estimée. L'estimation provisoire de l'INSEE situe les prix à la consommation en France en hausse de 3,4 % en octobre sur un an, après 3,1 % en septembre. Sud Ouest indique que les prix de l'énergie ont bondi de 24,1 %, en accélération pour le quatrième mois consécutif, tandis que Roland Lescure a cité les tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz parmi les moteurs des prix des carburants.

C'est le mélange inconfortable par excellence: une production stable ou en recul alors que les prix montent. À notre avis, une banque centrale confrontée à cette situation ne peut pas simplement baisser ses taux parce que la croissance est faible, car assouplir face à une flambée des prix tirée par l'énergie risque de laisser l'inflation s'installer. Ce que fera réellement la Banque centrale européenne relève de sa décision, et ces chiffres ne la tranchent pas. Mais nous pensons que les données françaises ne lui offrent pas un argument facile en faveur d'un argent moins cher.

Notre lecture: la stagnation en France relève désormais davantage de l'offre et de l'énergie que de la demande, et les taux d'intérêt sont un outil grossier face à cela. Des taux plus bas ne ramèneraient pas une seule exportation d'avion et ne feraient pas baisser le prix du gaz. Voilà pourquoi les mauvais chiffres ne se traduiront pas forcément par un soulagement.

Épargnants et emprunteurs: n'attendez pas d'être sauvés par une baisse des taux

Nous ne donnons pas de conseils d'investissement personnalisés, et les règles comme les produits diffèrent d'un pays à l'autre. Mais la logique mérite d'être exposée. Si vous avez un prêt à taux variable ou si vous attendez un taux de crédit immobilier plus bas avant d'agir, nous pensons que le chiffre du PIB français n'est pas une raison de l'espérer prochainement. Les épargnants ne devraient pas non plus supposer que les taux des dépôts et de l'épargne baisseront au rythme de l'affaiblissement de l'économie; avec une inflation de 3,4 % en France, ce qui compte est le rendement une fois les prix déduits, pas le taux affiché.

Il y a aussi un facteur budgétaire imprévisible. Roland Lescure insiste: la France a besoin d'un budget 2027 qui ramène le déficit à 5 % du PIB, contre 5,4 % en 2026, faute de quoi « on ira dans le mur ». Mais son adoption paraît très incertaine, sans majorité et à l'approche d'une élection présidentielle. Un pays qui ne parvient pas à s'accorder sur son budget alors que la croissance cale est, selon nous, un pays auquel les investisseurs pourraient bientôt réclamer un rendement plus élevé pour lui prêter. C'est un autre canal par lequel la stagnation pourrait signifier un argent plus cher, et non moins cher.

Considérez toute baisse des taux comme un bonus, pas comme un plan

Le titre, c'est que le cœur de l'Europe cale. La meilleure lecture est que l'Europe diverge, et que le vieux réflexe « économie faible, taux plus bas » est une hypothèse dangereuse pour les mois à venir. Nous ne compterions pas sur des baisses, et nous verrions toutes celles qui arriveraient comme un bonus. La résilience de l'Espagne, le petit gain de l'Allemagne et le blocage de la France vont dans le même sens: ce ralentissement a un prix.

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