Alphabet perd 500 milliards de dollars : le marché demande des preuves à l’IA
Wall Street n’a pas rejeté l’IA cette semaine. Elle a sanctionné des dépenses qui arrivent bien avant les profits, et les détenteurs de fonds indiciels y sont plus exposés qu’ils ne le pensent.
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Comment appelle-t-on une entreprise dont le chiffre d’affaires progresse, qui dépasse les attentes sur certains points et qui perd pourtant 500 milliards de dollars en une journée ? Un avertissement sur la façon dont le marché valorise désormais l’intelligence artificielle.
Voici l’essentiel. Selon The Guardian, Alphabet a chuté de plus de 12 % jeudi, sa pire séance historique, après avoir indiqué aux investisseurs qu’elle avait consommé plus de trésorerie cet été qu’au printemps à cause de ses investissements dans l’IA. Vendredi, la douleur s’est propagée. Proactive Investors rapporte que le Nasdaq a clôturé en baisse de 2,9 %, le S&P 500 a reculé de 1,8 % et le Dow a perdu 1,1 %. Intel a décroché d’environ 29 %, et le Nasdaq 100 cède plus de 5,8 % en octobre, soit quelque 2 000 milliards de dollars de valeur envolés.
Le marché ne craint pas l’IA, il craint la facture
Il serait paresseux d’y voir la fin de l’histoire de l’IA. Intel en est le contre-exemple le plus net. Le groupe a dépassé les attentes avec ses résultats du troisième trimestre, et son activité de centres de données et d’IA a progressé d’environ 78 % sur un an. Le titre s’est pourtant effondré, car ses perspectives laissaient entrevoir une faiblesse du marché des PC. La forte demande d’IA ne l’a pas sauvé.
Cela montre que le marché ne tient pas un référendum sur l’utilité de l’IA. Il mène un audit: qui paie, combien, et quand cela rapporte. Meta, Alphabet et Amazon ont toutes relevé leurs prévisions de dépenses, et Amazon a reconnu avoir dépensé plus que prévu cette année. Pendant longtemps, « nous investissons massivement » a été perçu comme un signe de force. À notre avis, ce délai de grâce est terminé. Les dépenses d’investissement doivent désormais s’accompagner d’un calendrier de retour sur investissement, faute de quoi elles ressemblent à de l’argent qui s’échappe.
Les dégâts sont concentrés, et c’est là que ça gêne
Regardez ce que dit The Guardian du reste du marché: vendredi, le S&P 500 était réparti à peu près à égalité entre valeurs en hausse et en baisse. Investor's Business Daily décrit de même un décrochage de la tech mené par une poignée de noms, tandis que d’autres secteurs tenaient bon. Le FTSE 100 de Londres a terminé stable.
Quelques entreprises ont donc fait basculer tout le tableau. Le recul de 3,1 % de Nvidia a été le plus gros frein individuel pour le S&P 500. C’est la concentration qui joue son rôle: quand quelques géants portent un indice vers le haut, ils l’entraînent aussi vers le bas. Beaucoup de détenteurs d’un fonds large pensent posséder 500 paris indépendants. Un jour comme vendredi, cela ressemble plutôt à une poignée de gros paris entourés de beaucoup de figurants.
Nous resterions aussi prudents face à un récit trop net. Les valeurs des puces et des centres de données auraient subi des pressions en partie par crainte que des taux d’intérêt élevés ralentissent la construction de centres de données. Deux histoires se déroulent donc au moins en parallèle: le doute sur les profits de l’IA et le coût de l’argent. Laquelle dominera comptera, et personne ne peut encore le dire.
Que faire de tout cela (et que ne pas faire)
Ce n’est pas un appel à vendre, ni une prévision que la baisse va se poursuivre. Une mauvaise semaine ne tranche rien, et Apple et Palantir publient lundi, avec d’autres grands noms au fil de la semaine. Ces résultats nourriront le doute ou l’apaiseront.
Nous suggérons un bilan sans dramatisation. Ouvrez la fiche de votre fonds indiciel et regardez les dix principales lignes. Additionnez la part de votre argent qui repose sur les mêmes quelques entreprises liées à l’IA. Si le chiffre vous surprend, la question n’est pas de savoir s’il faut paniquer, mais si cette concentration correspond au risque que vous pensiez prendre et si le reste de votre portefeuille la compense. C’est une décision personnelle, qui dépend de votre horizon et des règles de votre pays: voyez-y une piste de réflexion, pas un conseil.
Notre verdict: la chute d’Alphabet ne prouve pas que le boom de l’IA est terminé. Elle prouve que le marché a cessé de payer d’avance. Les dépenses sans rendement visible sont désormais sanctionnées vite, fort et massivement. Les entreprises capables de montrer des revenus à côté de leurs investissements obtiendront de la patience. Celles qui ne montrent que les investissements connaîtront leur jeudi.
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