Aide aux commerces pillés à Paris : un pansement, vérifiez plutôt votre assurance
La France offre jusqu'à 10 000 € aux boutiques saccagées les 17 et 24 octobre, mais, selon nous, un chèque ne vaut pas une bonne assurance, seule protection que le commerçant maîtrise.
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Que vaut un chèque de 10 000 € pour une boutique dont la vitrine a disparu, dont le stock a disparu et dont les clients restent chez eux ? C'est la question que pose l'aide que la France vient de mettre sur la table pour les commerçants touchés par les troubles des 17 et 24 octobre. Elle est bienvenue. Mais, à notre avis, c'est aussi un pansement, et les petits entrepreneurs auraient tort d'y voir un filet de sécurité.
L'offre de l'État est réelle, mais plafonnée et morcelée
Le ministre du Commerce, Serge Papin, a indiqué mardi 27 octobre que les entreprises pouvaient recevoir jusqu'à 10 000 €, comme le rapporte BFM. Le dispositif concerne les sociétés de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, assurées ou non. Les versements sont attendus dans les prochaines semaines. Selon des estimations préliminaires citées par Serge Papin, le nombre d'entreprises touchées à l'échelle nationale s'élèverait à au moins 3 000, d'après le FT.
Au niveau local, la région Île-de-France et la Ville de Paris créent un fonds d'urgence de 13 millions d'euros, selon franceinfo. Il prévoit un forfait de 5 000 € pour les réparations et de 2 000 € pour les équipements de sécurité. Avec les 1 500 € par dossier de la chambre de commerce et la contribution de la Ville, les boutiques les plus durement touchées peuvent atteindre 11 000 €, selon la Ville. Bpifrance propose en outre un prêt à taux zéro de 5 000 à 50 000 €, d'après Europe 1.
Un chèque n'est pas un modèle économique
Regardons les chiffres du terrain. Les chambres de commerce comptent 480 entreprises touchées à Paris et en Île-de-France, dont 240 lourdement endommagées et 215 encore fermées. Face à une boulangerie ou un restaurant mis à sac, une aide forfaitaire de 5 000 € pour les réparations est un acompte, pas une indemnisation. Grégory Desfoux, dont la boulangerie de la place de la République a été saccagée, a déclaré à RMC Story que le chèque de 10 000 € ne compenserait rien, et que tout ne se règle pas avec un chèque.
L'observation la plus profonde est venue de Virginie Grimault, de la fédération du commerce de proximité et de l'alimentation: le fonds est bienvenu, mais ce n'est pas la priorité. La priorité, c'est la sécurité et le retour au calme. Une cinquantaine de ses adhérents n'ont toujours pas rouvert. Une boutique qui ne peut pas ouvrir ne gagne rien, et aucune subvention ponctuelle ne rattrape des semaines de chiffre d'affaires perdues, des salariés qui craignent de revenir ou des clients qui désertent. C'est, selon nous, la remarque la plus honnête de tout ce débat.
La sous-assurance, un risque discret
Voici le point qui dérange: l'État verse l'aide aux boutiques assurées comme aux non-assurées. C'est humain, mais cela brouille une leçon. Une aide plafonnée à un montant forfaitaire ne peut pas remplacer un contrat qui couvre le stock, les réparations et la perte d'exploitation. Nous ignorons combien de commerces touchés étaient assurés, et dans quelle mesure, donc nous ne pouvons pas dire l'ampleur du déficit de couverture. Mais la logique est simple. Quand on travaille avec de faibles marges, on n'a probablement pas de coussin de trésorerie, et quand on est sous-assuré, la première perte retombe entièrement sur soi.
Il ne faut pas non plus compter sur les responsables pour payer. Le Sénat a adopté un texte « casseurs-payeurs », mais, selon La Dépêche, son vote à l'Assemblée est incertain et un recours devant le Conseil constitutionnel est probable. Voyez-y un signal politique, pas une source d'argent.
Relisez votre contrat avant la prochaine mauvaise nuit
Prenez l'aide si vous y avez droit: c'est de l'argent bien réel. Mais la leçon pour tout petit commerçant, en France ou ailleurs, est de relire dès maintenant son contrat. Vérifiez qu'il couvre le vol et le vandalisme lors de troubles civils, que la valeur du stock déclarée est à jour et qu'il inclut la perte d'exploitation. Les règles et les garanties varient selon les pays et les contrats: interrogez votre assureur ou votre courtier plutôt que de présumer. Ceci n'est pas un conseil personnalisé; c'est un rappel que, selon nous, l'aide publique arrive tard, est plafonnée et répond à la crise précédente. Votre couverture est la seule protection que vous maîtrisez.
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