La pause de la BCE est une trêve avec le marché de la dette, pas une victoire
Les taux devraient rester à 2,50 % alors que les rendements français atteignent leur plus haut depuis 2002 et que l'inflation reste forte. Épargnants et emprunteurs doivent y voir un avertissement, pas un répit.
Photo : Norbert Nagel / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Quand une banque centrale cesse de bouger, on est tenté d'entendre « tout va bien ». Nous pensons que c'est une mauvaise lecture du statu quo attendu aujourd'hui de la part de la Banque centrale européenne. Une pause n'est pas toujours un signe de calme. Parfois, elle montre que la marge de manœuvre de la banque s'est réduite.
Les faits d'abord. Les marchés s'attendent très largement à ce que la BCE maintienne son taux de dépôt à 2,50 % lors de la réunion d'aujourd'hui. 25bp.eu évalue à 97 % la probabilité d'un statu quo, à partir des contrats à terme sur l'€STR. Par ailleurs, comme le rapporte abc.es, le rendement des obligations françaises à dix ans a dépassé 5,14 % le 22 octobre, son plus haut niveau depuis 2002.
Ce n'est pas le décor d'une banque qui aurait vaincu l'inflation. L'une des sources que nous avons consultées indique que l'inflation dans la zone euro atteint 3,8 %, avec des prix de l'énergie et des rendements obligataires en hausse. Carsten Brzeski, d'ING, cité par Europesays, estime que la crise budgétaire française et la hausse des rendements durcissent déjà les conditions financières. Selon lui, la BCE devrait probablement attendre et repousser toute décision sur les taux à décembre, avec de nouvelles projections.
Le marché resserre à la place de la BCE, et elle le sait
Voici la logique, telle que nous la lisons. Si les rendements obligataires montent d'eux-mêmes, emprunter coûte plus cher sans que la BCE ait à bouger. Relever les taux en plus risque de transformer une fragilité budgétaire dans un grand État membre en une panique plus large sur la dette. La pause ressemble donc moins à de la confiance qu'à un refus de jeter de l'huile sur le feu.
C'est notre interprétation, pas une déclaration de la BCE, et la banque la présentera sûrement comme une dépendance aux données. Mais la tension est évidente: une inflation bien supérieure à la cible plaiderait normalement pour un durcissement, tandis que le marché obligataire plaide pour la retenue. Le statu quo est le compromis. C'est une trêve, et les trêves sont fragiles.
Le contraste avec l'autre rive de l'Atlantique est parlant. La Federal Reserve a maintenu ses taux mercredi, selon CNBC, mais après une hausse en septembre et avec deux voix dissidentes favorables à une nouvelle hausse. La Fed marque une pause en plein cycle de resserrement. La BCE, elle, nous semble faire une pause parce qu'un resserrement supplémentaire pourrait être dangereux. Dans les deux cas, il s'agit d'un statu quo, mais il n'a probablement pas le même sens.
Pourquoi épargnants et emprunteurs ne devraient pas se détendre
La première erreur est de croire qu'« aucun changement » signifie « aucune pression ». L'Euribor, référence de nombreux prêts immobiliers à taux variable dans plusieurs pays de la zone euro, se situe déjà au-dessus du taux de dépôt sur les échéances plus lointaines de la courbe. Selon euribor-rates.info, l'Euribor à 3 mois s'établissait à 2,670 % et celui à 12 mois à 3,263 %. Autrement dit, le marché semble intégrer une trajectoire plus élevée que les 2,50 % actuels. Les règles diffèrent selon les pays et les contrats; vérifiez donc comment votre propre prêt est indexé.
La seconde erreur est de voir dans cette pause un feu vert pour repousser ses décisions. Si décembre apporte une hausse, ce qui est possible mais loin d'être certain, la pause ressemblera à un bref entracte. Si, au contraire, les rendements se calment et que la BCE adoucit son ton, le statu quo aura été une passerelle. Nous ne savons pas laquelle des deux, et quiconque prétend le savoir devine.
Ce que nous suggérons, à titre de principes généraux et non de conseil personnel: testez la solidité de votre budget face à une mensualité plus élevée qu'aujourd'hui, plutôt que d'espérer une baisse que rien dans les données actuelles ne promet. Et pour les épargnants, ne bâtissez pas vos projets sur une seule direction des taux de dépôt. La trajectoire est incertaine.
Les mots compteront plus que le chiffre
Le taux lui-même est la partie la moins intéressante d'aujourd'hui. Un statu quo assorti d'une mise en garde ferme maintiendrait décembre en jeu, comme le formule The European Post, tandis qu'un message plus souple pourrait détendre les marchés obligataires. Surveillez les rendements français, le pétrole et la répercussion des prix de l'énergie, ainsi que la manière dont l'équipe de Christine Lagarde décrit les risques.
Notre verdict: la BCE ne fête rien, elle gagne du temps. Voyez dans la pause d'aujourd'hui une fenêtre pour mettre vos finances en ordre, et non une permission de vous relâcher. Si la trêve avec le marché obligataire se rompt, l'ajustement frappera d'abord les emprunteurs.
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