Moins de réunions de la Fed ne signifie pas moins de chocs, mais des chocs plus forts
Passer à sept votes sur les taux en 2027 puis six en 2028 n'apaisera pas les marchés. Moins de rendez-vous, c'est sans doute plus de poids pour chacun : les investisseurs doivent s'y préparer.
Photo : AgnosticPreachersKid / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Une banque centrale qui décide moins souvent crée-t-elle moins de drames ? L'intuition répond que oui. Nous pensons plutôt l'inverse: quand le calendrier s'éclaircit, chaque date restante pèse plus lourd.
Mercredi, la Réserve fédérale a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, après les avoir relevés en septembre pour la première fois depuis juillet 2023. Comme le rapporte 20minutos, le vote s'est soldé par 10 voix contre 2, Lisa Cook et Beth Hammack souhaitant une hausse de 25 points de base. L'inflation de septembre ressort à 3,7 %, contre 3,4 % en août.
La plus grosse annonce est tombée lors de la conférence de presse. Le président Kevin Warsh a indiqué que la Fed conserverait huit réunions par an, mais, comme le souligne le New York Times, elle ne votera sur les taux que sept fois en 2027 et six fois en 2028. Les séances ainsi libérées seront consacrées à de larges discussions stratégiques. Selon RTVE, la réunion de stratégie de 2027 n'aura ni vote sur les taux ni communiqué officiel.
Moins de dates, c'est un risque plus concentré
L'économie ne consulte pas le calendrier de la Fed. Un pétrole proche de 100 dollars le baril, un choc énergétique lié à la guerre et un rapport sur l'emploi passé de 133 000 créations en août à 29 000 en septembre continueront d'arriver à leur rythme. Si la Fed agit moins souvent, l'information qui s'accumule entre deux votes doit être absorbée en moins d'occasions.
C'est notre lecture, pas un résultat documenté, mais la logique est simple. Chaque décision devient un événement plus important, et le marché a plus de raisons de parier gros sur la suite. Nous nous attendrions à ce qu'une plus grande part du repricing soit concentrée dans les jours autour du vote.
Un second effet mérite l'attention. Un calendrier plus restreint devient aussi un point de focalisation accru pour le positionnement. Fonds, traders et simples épargnants finissent par regarder les mêmes quelques jours. Là encore, c'est notre anticipation, pas quelque chose que la Fed a dit ou que les données ont montré à ce stade.
Le silence n'est pas la stabilité
L'argument en faveur du changement, tel que nous le comprenons, est de prendre plus de temps pour réfléchir et de réagir moins à chaque donnée. L'objectif peut être légitime. Pourtant, regardez cette semaine. Le marché anticipait une hausse en décembre à environ 90 %, selon RTVE, et Warsh a refusé de dévoiler sa réflexion sur ce qui se passera à cette réunion, disant ne pas croire à préjuger de ce que fera le Comité. Position défendable. Cela signifie aussi que les investisseurs en sont réduits à deviner davantage, pas moins.
Ajoutez une réunion sans aucun communiqué, et la Fed donne au marché moins de signaux officiels au moment même où l'inflation est la question centrale. Les traders combleront probablement le vide avec des discours, des fuites et des interprétations. À notre avis, c'est la recette de mouvements davantage dictés par le récit, pas de moins.
Ce que fait un investisseur avisé
Rien de tout cela n'est un conseil, et rien n'indique que les marchés vont baisser. Le propos est plus étroit: ne confondez pas un calendrier plus mince avec un calendrier plus calme. Quelques habitudes raisonnables en découlent.
- Considérer chaque date de décision restante comme un possible moteur de marché, et non comme un rendez-vous de routine.
- Éviter les portefeuilles qui ne fonctionnent que si les taux restent prévisibles entre deux réunions.
- Garder un œil sur les données d'inflation et d'énergie, qui continueront de faire bouger les probabilités dans les intervalles.
À notre avis, les perdants de ce changement sont les investisseurs qui traitent le calendrier de la Fed comme un métronome et supposent que les surprises diminueront avec le nombre de réunions. Les gagnants, s'il y en a, seront ceux qui acceptent que l'incertitude ne disparaît pas avec les réunions, et qui bâtissent leurs plans en conséquence.
Le changement ne démarre qu'en 2027, et la réunion de décembre vient d'abord. Ce nouveau calendrier est aussi un choix de conception qui peut être mis à l'épreuve, et nous verrons dans la pratique s'il réduit le bruit. Notre pari est qu'il le déplace. Préparez-vous à des mouvements plus amples à chaque décision, pas au calme.
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